Déceler plus tôt la maladie d’Alzheimer et la différencier des autres démences avant même l’apparition des symptômes est un enjeu crucial pour les patients et la recherche. L’utilisation des biomarqueurs apparaît prometteuse. Le point avec le Pr. Bernard Sablonnière professeur de biochimie et de biologie moléculaire au CHU de Lille.
Lorsqu’un neurologue diagnostique la maladie d’Alzheimer, cela signifie le plus souvent que ce trouble a débuté 5 à 15 ans plus tôt. Comment détecter plus tôt ce trouble ? Un enjeu très important pour mieux comprendre le mécanisme de la maladie mais également un bénéfice direct pour le patient. On ne dispose aujourd’hui que de médicaments capables de retarder l’évolution de la maladie, pas de la guérir.
Aujourd’hui, l’imagerie médicale et l’utilisation de protéines décelables dans le sang (ou le liquide céphalorachidien) permettent d’améliorer ce diagnostic.
Un diagnostic difficile de la maladie d’Alzheimer
La maladie d’Alzheimer est de plus en plus fréquente, du fait du vieillissement de la population. Une personne de 90 ans a un risque sur trois de souffrir de cette maladie. La prévalence double tous les 20 ans. En 2040, 81 millions de personnes seront atteintes dans le monde. Face à ce fléau, il convient d’améliorer les traitements mais aussi le diagnostic.
“Il faut améliorer le diagnostic, ainsi que sa spécificité, c’est-à-dire mieux différencier la maladie d’Alzheimer des autres démences et mieux identifier la phase préclinique (sans symptômes) qui peut durer de 5 à 15 ans“ précise le Pr Bertrand Sablonnière.
En effet, le diagnostic doit tout d’abord écarter les autres types de démences. “Il faut distinguer des formes très précoces, très rares et familiales (1 % des démences), les démences vasculaires dues par exemple à l’hypertension et la maladie à corps de Lewy qui survient chez des patients souffrant de la maladie de Parkinson“ ajoute t-il.
Mais longtemps, le diagnostic souffrait d’un manque évident de critères biologique ou d’imagerie extrêmement fiables. “Jusqu’ici, le diagnostic de la maladie d’Alzheimer était fait par les neurologues et il fallait plusieurs consultations successives pour diagnostiquer la maladie“ avoue le Pr Bertrand Sablonnière.
Les biomarqueurs pour un diagnostic plus précis de la MA
Depuis fin 2007, l’utilisation de biomarqueurs est recommandée dans les nouveaux critères diagnostiques internationaux de la maladie d’Alzheimer, avec l’imagerie et les IRM. Un biomarqueur est une protéine que l’on peut doser dans les liquides biologiques et dont les modifications de la concentration sont le témoin d’une pathologie.
Dans le cas de la maladie d’Alzheimer, ils reflètent des lésions neuropathologiques caractéristiques. Trois biomarqueurs sont dosés dans le liquide céphalorachidien obtenu par ponction lombaire : le peptide amyloïde Aβ-24-1, la protéine tau totale (ou protéine MAPT pour Microtubule Associated Protéin Tau) et les protéines tau hyperphosphorylées (Ptau).
En combinant les données de ces trois indicateurs, on peut plus aisément offrir un diagnostic plus spécifique de la maladie d’Alzheimer : le peptide amyloïde Aβ-24-1 abaissé, la protéine tau élevée (2 à 3x la normale) et les protéines tau hyperphosphorylées augmentées sont des critères en faveur de diagnostic de MA. “L’utilisation combinée de ces biomarqueurs va se généraliser“ annonce le Pr Sablonnière.
Dépistage précoce et fiable de la maladie
Ces biomarqueurs sont utiles pour un diagnostic précoce. “L’existence d’une altération de la concentration d’un de ces biomarqueurs dans le liquide céphalorachidien s’observe dès le stade préclinique de la maladie, c’est-à-dire au moins 5 ans avant la survenue de cette démence“ explique le Pr Sablonnière.
“Ceci permet aussi de distinguer parmi les patients présentant des troubles cognitifs modérés, ceux qui resteront stables de ceux qui risquent d’évoluer vers une maladie d’Alzheimer – lorsque la concentration d’au moins 2 de ces 3 marqueurs est modifiée“ précise t-il.
Dans une deuxième phase plus tardive, les biomarqueurs peuvent confirmer le diagnostic. Le profil de la maladie d’Alzheimer permet également d’éliminer les pathologies neurologiques mais la spécificité n’est pas encore excellente. Ainsi, les autres biomarqueurs de démence sont activement développés afin d’aider au diagnostic biologique différentiel entre les différentes démences.
“Il nous reste encore à améliorer les techniques pour une meilleure spécificité et à mettre au point les dosages sanguins“ annonce le Pr sablonnière.
Anne-Sophie Glover-BondeauSource : Dossier de presse Journées Internationales de Biologie, octobre 2008 ; conférence de presse JIB du 21 octobre 2008