Lors d’un documentaire présenté ce soir sur France 3 (Goldman, Balavoine, Berger, « Quand on est ensemble »), Mireille Dumas évoque Pierre Goldman. Véritable icône post-mai 68, le demi-frère du chanteur, de sept ans son aîné, reste un mystère. Accusé d’un double meurtre, puis acquitté, cet intellectuel de gauche sera abattu dans la rue, près de son domicile, juste avant la naissance de son premier enfant. Le 27 septembre 1979, 15 000 personnes suivent son cercueil, parmi lesquelles des personnalités comme Simone de Beauvoir et Jean-Paul Sartre, mais également un jeune homme qui vient tout juste de se séparer de son groupe Taï Phong pour se lancer dans une carrière solo : Jean-Jacques Goldman.
Quand Pierre Goldman meurt, en 1979, à 35 ans, Jean-Jacques Goldman va avoir 28 ans. Depuis près de dix ans, ce demi-frère à la personnalité contrastée, sorte de gauchiste romantique, fait la une des pages faits-divers, tout autant que la une des médias de gauche. Impossible d’y échapper. Et Pierre Goldman devient « L’affaire Goldman » à partir d’un certain mois d’avril 1970, où il se retrouve en prison, accusé du double meurtre de pharmaciennes, à Paris, près de la Bastille.
Le procès se tient le 9 décembre 1974, à la cours d’assise de Paris, après quatre ans d’instruction (pendant lesquels il passe une maitrise d’espagnol et une licence de philo). La personnalité de ce jeune homme est complexe. Pierre a grandi dans la légende de parents juifs et résistants, et portait en lui le rêve de mourir à 30 ans, en combattant. En héros. La résistance le fascine. Son combat contre l’antisémitisme et le fascisme le hante. Charismatique, séduisant, il s’est inventé une gouaille de parigot, lui, le pur intellectuel. Il a la bagarre facile. Après avoir adhéré aux Jeunesses communistes et intégré le cercle philo de l’UEC (Union des Etudiants Communistes) de la Sorbonne, il a rejoint, en 1968, un groupe de révolutionnaire vénézuéliens. Personne n’a jamais vraiment su ce qu’il avait fait là-bas, mais quand il rentre, il préfère fréquenter les voyous et trainer dans les clubs, la nuit. Son parcours trouble. Fiévreux, impatient, c’est pourtant un homme taiseux qui se tient à la barre. Un taiseux qui reconnait trois vols avec violence, mais qui clame son innocence dans ce double meurtre, et le jure sur « les six millions de morts de la Shoah ». A l’époque la peine de mort est encore autorisée en France. Il risque sa tête. Un premier jugement le condamne à perpétuité.
Pierre Goldman se pourvoit en cassation. La gauche intello, Simone Signoret en tête, prend sa défense. Maxime Le Forestier lui écrit une chanson : La vie d’un homme. L’accusé publie en 1975 un livre écrit en prison : Souvenirs obscurs d’un juif polonais né en France qui triomphe (60 000 exemplaires vendus). Il y revient sur sa naissance, le 22 juin 1944, sur l’histoire de ses parents qui traversaient Lyon avec des tracts anti-nazis et des armes cachés dans son berceau. « Je suis né juif, en danger de mort, écrit-il. Je n’avais pas l’âge de combattre mais à peine en vie, j’avais déjà l’âge de pouvoir périr dans les crématoires de Pologne. »
Le deuxième procès de Pierre Goldman a lieu à Amiens, le 26 avril 1976. Tous les médias se pressent, les intellectuels de la rive gauche ont fait le voyage, Georges Kiejman va prendre sa défense… C’est un évènement. Certains diront même : « On juge une star ». L’accusation est démontée pièce par pièce. Goldman est acquitté pour le double meurtre des pharmaciennes, et condamné à douze ans pour ses hold-up.
Après avoir épousé une jeune guadeloupéenne, il quitte la prison de Fresne, le 5 octobre 1976. Une nouvelle vie peut commencer -elle ne durera que trente-six mois. Il entre comme journaliste aux Temps modernes, revue de Jean-Paul Sartre, il publie dans les colonnes de Libération. Il devient le spécialiste de la salsa. La réinsertion se fait difficilement. La nuit, il traine dans les clubs, picole pas mal. Son QG, c’est la Chapelle des Lombards, temple de la musique latino, où il joue des congas, parle créole. Le 19 septembre 1979, c’est d’ailleurs là qu’il passe une partie de la nuit, avant de rejoindre son appartement, à cinq heures, dans le XIIIème arrondissement de Paris. Le matin, il sort de chez lui, il doit passer voir sa femme sur le point de mettre au monde leur premier enfant. Dans la rue, deux jeunes hommes en jean s’avancent à visage découvert. Pierre Goldman s’écroule sous les balles et meurt sur le coup. Les tueurs rejoignent un complice qui les attend en voiture et s’enfuient. Le meurtre est aussitôt revendiqué par une mystérieuse organisation d’extrême droite appelée : Honneur de la police. Mais jusqu’à aujourd’hui, l’affaire Goldman reste un mystère.
Le 27 septembre 1979, une foule silencieuse se presse devant le cimetière du Père Lachaise. 15 000 personnes estimera-t-on. Pierre Goldman est devenu une icône post-mai 68. Sa mort devient la métaphore de la fin d’une certaine jeunesse, du gauchisme, des illusions. Dans les rangs, on reconnait Sartre, Beauvoir, Régis Debré… La famille aussi. Jean-Jacques Goldman est là, bien sûr. Discret sur tout ce qui le touche, le chanteur ne parlera jamais vraiment de ce demi-frère au destin fulgurant. Mais certains voudront voir dans sa chanson, Puisque tu pars, une sorte d’hommage.
Les obsèques de Pierre Goldman | Archive INApar ina
Photos : captures d’écran
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